Mythes, questions et réalité
Mythes & préjugés
Les mythes et les préjugés présentés dans cette page émanent de témoignages courants recueillis par les personnes qui travaillent quotidiennement avec les personnes en situation d’itinérance.
Les personnes en situation d’itinérance …
« …sont dangereuses. Je ne suis pas en sécurité de marcher près d’elles. »
- La grande majorité des personnes en situation d’itinérance ne sont pas dangereuses. Comme tout le monde, elles vivent leur vie, avec leurs forces et leurs vulnérabilités. En réalité, elles sont souvent plus exposées aux violences qu’elles ne les causent, en étant victimes d’agressions physiques et sexuelles, de crimes haineux, de vols et de violence sous toutes ses formes.
- Marcher près d’elles est généralement sécuritaire, surtout si l’on fait preuve de respect. La peur ne doit pas empêcher l’empathie : un simple sourire ou un regard bienveillant peut contribuer à reconnaître leur humanité.
Comprendre que l’itinérance n’est pas synonyme de danger permet de distinguer la vulnérabilité de la menace, et de créer des interactions plus justes et humaines, qui n’alimentent pas la stigmatisation.
« …sont paresseuses. Elles ne veulent tout simplement pas s’aider elles-mêmes. »
- L’itinérance n’est pas un choix, mais souvent le résultat de facteurs complexes comme le manque de logement, les traumatismes, la maladie ou la précarité économique.
- La réalité, c’est que la plupart des personnes itinérantes font preuve d’une incroyable résilience et créativité pour survivre chaque jour : chercher de la nourriture, sécuriser un endroit pour dormir, rester au chaud ou protéger leurs affaires demande beaucoup d’énergie et de courage.
- Souvent, les structures d’aide ou les refuges ne sont pas accessibles ou adaptés à leurs besoins, et certaines règles strictes peuvent même les décourager d’y recourir.
Comprendre cela permet de remplacer le jugement par de l’empathie : la volonté seule ne suffit pas quand les conditions de base pour vivre en sécurité et avec dignité ne sont pas réunies.
« …coûtent cher à la société. »
- Ce qui coûte cher à la société c’est le fait d’ignorer l’itinérance, et non pas de la prévenir ou d’y répondre efficacement. Les personnes en situation d’itinérance utilisent fréquemment les services d’urgence, l’hôpital, la police ou les refuges temporaires, souvent de façon répétée.
- Investir dans du soutien adapté, dans le logement social et des soins courants de base est beaucoup plus efficace et économique à long terme. De plus, cela améliore la dignité et la santé des personnes concernées.<
Ce mythe masque le fait que le vrai coût de l’itinérance vient du manque de solutions durables, pas des personnes elles-mêmes.
« …ce sont tous des drogués ou des alcooliques. »
- Non, les personnes en situation d’itinérance ne sont pas toutes toxicomanes. Certaines consomment, mais beaucoup ne le font pas du tout.
- L’itinérance peut aggraver une dépendance existante, et la consommation peut devenir un moyen d’affronter le traumatisme de la rue, plutôt qu’une cause initiale.
- La perte de logement survient souvent à cause d’événements de vie difficiles (divorce, maladie, incendie) ou de la crise du logement, indépendamment de la dépendance. Il faut noter que les personnes ayant des enjeux de dépendance peuvent aussi être des personnes logées.
Si vous faites face à une personne en situation d’itinérance sous l’effet de la drogue ou à du matériel de consommation, et vous ne savez pas comment agir, consultez notre Guide pour un quartier solidaire et vous trouverez plus d’informations sur des situations pouvant arriver dans le quartier.
« …le font exprès pour attirer l’attention. »
- Non, les personnes en situation d’itinérance ne font pas exprès pour attirer l’attention. Vivre dans la rue ou quémander n’est pas un choix : c’est une stratégie de survie pour répondre à des besoins essentiels comme se nourrir, se réchauffer ou accéder à des ressources.
- Penser le contraire minimise leurs difficultés à survivre et entretient la stigmatisation.
En réalité, la plupart cherchent plutôt à ne pas être remarquées, et à survivre.
« … il y a des bons itinérants, ceux qui veulent s’aider. D’autres, par contre, ont des problèmes de drogues et de santé mentale. »
- L’itinérance est complexe et diversifiée, à l’image de la population, où chaque individu a un parcours de vie unique. La perception du bon itinérant (qui a étudié, qui est poli, qui est tombé dans l’itinérance par malchance, etc.) nous empêche parfois de voir que chaque personne a des droits et doit être traitée avec respect.
- Certaines personnes vivent l’itinérance malgré leur volonté de s’en sortir: elles cherchent activement un logement, un emploi ou des ressources, mais font face à des barrières systémiques — comme le manque de logements abordables ou des files d’attente pour les services. D’autres peuvent être aux prises avec des problèmes de santé mentale ou de dépendance, qui rendent le quotidien encore plus difficile et nécessitent un accompagnement adapté.
L’itinérance n’est jamais un choix de vie simple, ni un premier choix. Tout le monde mérite dignité, respect et soutien dans l’adversité.
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Questions
Pourquoi y a-t-il des itinérant·es qui ne vont pas dans les refuges ?
C’est toujours plus confortable que dormir dans la rue.

Les refuges ont des capacités limitées et ils se remplissent vite.

Ils fonctionnent avec des listes d’attente et certains critères, comme la séparation des couples ou l’interdiction d’animaux, qui ont un impact sur les personnes itinérantes.

De plus, parfois dormir dans le rue peut paraître moins anxiogène et plus sécuritaire que dans des dortoirs partagés, où le bruit, la promiscuité, des vols et des conflits peuvent parfois survenir, malgré la vigilance des intervenant·es.
Ce n’est donc pas une question de refus de l’aide, mais souvent des options limitées ou une stratégie de survie.
Si une personne en situation d’itinérance quête, puis-je lui donner de l’argent ou pas ?

Donner de l’argent à une personne qui quête est avant tout un choix personnel, et il n’existe pas de réponse unique ou « correcte ».

Pour certaines personnes, cet argent sert à répondre à des besoins immédiats — manger, se déplacer, se réchauffer, combler un manque urgent. Offrir quelques dollars peut aussi être un geste de reconnaissance et d’humanité, un moment où la personne n’est pas invisibilisée.

Si cela suscite un malaise, d’autres formes de soutien sont possibles : offrir de la nourriture, un café, des bas, une couverture, ou simplement un regard et un mot respectueux.
L’essentiel est de se rappeler que la personne qui quête est la mieux placée pour connaître ses besoins, et que la dignité passe aussi par le respect. Vous pouvez lui poser la question.
Est-ce que les personnes en situation d’itinérance sont toutes atteintes de troubles mentaux ?

Non, les personnes en situation d’itinérance ne sont pas toutes atteintes de troubles mentaux. Certaines vivent avec des problèmes de santé mentale, mais beaucoup n’en ont pas.

L’itinérance résulte surtout de facteurs sociaux et économiques : manque de logement abordable, perte d’emploi, violence conjugale, ruptures familiales, traumatismes passés, etc.

Il est important de comprendre que la précarité n’est pas une maladie. Associer automatiquement itinérance et troubles mentaux entretient la stigmatisation et la peur.
La majorité des personnes sans-abri cherchent simplement à survivre et à vivre dignement, comme tout le monde.
Est-ce que le fait de leur donner du matériel de consommation propre, ça les encourage à continuer / ça les invite à ne pas arrêter ?

Fournir du matériel de consommation propre (seringues, pipes, kits sécurisés) n’encourage pas la consommation, mais prévient des risques graves pour la santé : infections, overdoses, maladies transmissibles comme le VIH ou l’hépatite C.

Ces pratiques sont soutenues par de nombreuses instances de santé publique, car elles sauvent des vies et permettent de garder un lien avec des personnes souvent exclues du système de soins.

L’objectif n’est pas de remplacer l’accompagnement vers le sevrage, mais de réduire les dommages immédiats et de créer des ponts vers des services de santé, du soutien psychologique et du logement.
Empêcher ces pratiques peut en réalité augmenter les risques de mortalité et de maladies, sans résoudre les causes profondes de l’itinérance ou de la dépendance.
Pourquoi les personnes en situation d’itinérance n’arrêtent-elles simplement pas de consommer pour s’en sortir ?

La dépendance résulte d'une combinaison complexe de facteurs psychologiques, familiaux, sociaux, financiers, génétiques, etc. Des antécédents familiaux, des troubles mentaux (dépression, anxiété), des traumatismes passés, des pressions sociales peuvent augmenter les risques, et c’est extrêmement difficile de « s’en sortir » sans un soutien adapté.

Beaucoup de programmes qui imposent l’abstinence excluent en réalité les personnes qui ont le plus besoin de soutien. Exiger l’arrêt complet avant de recevoir de l’aide repousse les personnes les plus vulnérables.

Les approches les plus efficaces sont celles qui offrent un logement stable, un soutien médical et social, et un accompagnement adapté pour la santé mentale ou la consommation. Cela permet à la personne de reconstruire sa vie en sécurité et avec dignité, plutôt que de rester bloquée dans la rue par des critères pour elle impossibles à atteindre.
L’idée que les personnes en situation d’itinérance doivent arrêter de consommer pour «mériter» un logement ou des services de soin mésestime la problématique de fond.
Portrait de la population itinérante
Qu’est‑ce l’itinérance, en fait ?
L’itinérance se définit comme une situation où une personne n’a pas de domicile stable, adéquat et sécuritaire et vit souvent en retrait des lieux de socialisation et des services habituels de la société.
Cette situation découle d’une combinaison de facteurs sociaux et individuels, comme le manque de logements abordables, des pertes importantes dans la vie, des problèmes de santé, de la violence conjugale, etc.
L’itinérance en chiffres

Au Québec, il y aurait environ 10 000 personnes en situation d’itinérance visible, dont 4690 à Montréal.

Les groupes surreprésentés au sein de la population itinérante sont les personnes autochtones, les jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre, et les personnes ayant été en contact avec la protection de la jeunesse.

L’itinérance chez les femmes est en croissance et constitue maintenant 29% des personnes en situation d’itinérance visible à Montréal.

62% des personnes en situation d’itinérance sont des prestataires d’aide sociale.

L’espérance de vie des personnes en situation d’itinérance serait de 10 à 20 ans de moins par rapport aux personnes logées.

Les personnes autochtones constituent environ 0,6% de la population montréalaise, mais représentent 12% des personnes en situation d’itinérance visible.

Les jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre représentent 29% des jeunes de la rue contre 10 à 15% des jeunes de la population générale.

29% des personnes en situation d’itinérance ont été en contact avec la protection de la jeunesse dans leur vie, et environ un jeune de la rue sur deux.

Les personnes migrantes et à statut précaire fréquentent de plus en plus les ressources d’aide en itinérance.

Environ 10,5% des Canadiens auraient vécu un épisode d’itinérance cachée au moins une fois au cours de leur vie.

À Montréal, 59 % des personnes en situation d’itinérance visible rapportent un problème de santé mentale et 45 % rapportent une ou plusieurs conditions médicales ou maladies physiques.

Les personnes n’ayant pas de diplôme d’études secondaires sont surreprésentées au sein de la population itinérante.
Personnes autochtones
Pour des raisons historiques et politiques liées à la colonisation, les personnes autochtones sont plus à risque de vivre une situation d’itinérance, et subissent énormément de préjugés et de discrimination lorsqu’ils accèdent aux services de santé et de services sociaux — ce qui contribue à les précariser davantage.
Femmes
Pour des raisons historiques et politiques liées à la colonisation, les personnes autochtones sont plus à risque de vivre une situation d’itinérance, et subissent énormément de préjugés et de discrimination lorsqu’ils accèdent aux services de santé et de services sociaux — ce qui contribue à les précariser davantage.
Diversité sexuelle et de genre
Le rejet parental (expulsion du domicile, négligence, violence, tentative de contrôle) est la raison la plus importante expliquant l’itinérance des jeunes de la diversité sexuelle et de genre. Les personnes s’identifiant à une orientation sexuelle autre que l’hétérosexualité et à un genre autre que celui assigné à leur naissance sont surreprésentées au sein de la population itinérante. Pour des raisons historiques et politiques liées à la colonisation, les personnes autochtones sont plus à risque de vivre une situation d’itinérance, et subissent énormément de préjugés et de discrimination lorsqu’ils accèdent aux services de santé et de services sociaux — ce qui contribue à les précariser davantage.
Personnes âgées
Le principal facteur de risque de l’itinérance chez les personnes âgées de 50 ans et plus est l’éviction. En raison de la crise du logement, le nombre de personnes qui se retrouvent à la rue après 50 ans est en croissance.
Personne migrante à statut précaire
Étant généralement précaires sur le plan financier, les familles et les personnes migrantes sont aussi parmi les premières victimes de la crise du logement, d’autant plus qu’elles sont susceptibles de vivre de la discrimination dans leurs démarches pour se trouver un logement. Les personnes qui demandent l’asile ne sont d’ailleurs pas couvertes par la RAMQ, et n’ont pas non plus accès à tous les programmes d’aide et d’accès au logement.
Jeunes
Plus susceptibles d’appartenir à la catégorie de l’itinérance cachée, les jeunes se retrouvent dans la rue surtout en raison d’un conflit avec un membre de la famille, d’une agression, d’une situation dangereuse, d’abus, ou encore de négligences.
